L'ÉCRIVAIN PUBLIC, ACTEUR DE LA LUTTE CONTRE L'ILLECTRONISME

Dimanche 11 novembre dernier, le JT de 20 heures de France 2 diffusait un reportage intitulé « L’illectronisme, quand les oubliés d’internet ont besoin d’aide ».

Quel est le rôle de l’écrivain public dans la lutte contre l’illectronisme ?

QU’EST-CE QUE L’ILLECTRONISME ?

Une définition du concept s’impose avant tout. L’illectronisme est un mot nouveau, né d’une réalité : la fracture numérique. Il s’agit d’illettrisme appliqué au digital, à savoir l’incapacité à utiliser les ressources électroniques, par manque de connaissances, de potentiels ou d’accès à internet. Loin d’être anecdotique, près de 25 % de la population française serait concernée, parmi lesquels les personnes illettrées (c’est-à-dire celles qui ont été scolarisées, mais qui ne maîtrisent pas suffisamment les fondamentaux de la langue française pour être autonomes dans leur relation à la lecture et à l’écriture), les personnes en situation de précarité, qui ne peuvent pas financer un accès au web, les séniors et les personnes du quatrième âge.

 

Or, depuis la dernière décennie, le mouvement du tout numérique s’est accéléré. L’État, tout d’abord, a engagé un processus de dématérialisation totale avec la volonté, d’ici 2022, de mettre 100 % de ses services en ligne. Quant aux organismes sociaux (Caf, CPAM) et privés (opérateurs de téléphonie...), ils ont déjà entamé le virage du digital depuis bien longtemps. Difficile aujourd’hui d’échapper aux démarches à effectuer sur le net. Celui qui s’y risque doit alors en payer le prix fort : accepter de voir le délai de traitement de sa demande rallongé. À titre d’illustration, dans ma vie professionnelle précédente, je travaillais dans une mutuelle de la fonction publique, qui avait senti le vent de l’aire digitale arriver et s’était assez rapidement dotée d’un espace faisant sa fierté, permettant à ses adhérents de réaliser leurs demandes en ligne. Tout était fait pour les inciter à utiliser cette ressource, jusqu’au message du serveur vocal de la plateforme téléphonique. Avant même qu’ils n’effectuent leur choix, nous les invitions déjà à se rendre dans leur compte. Les relevés de remboursement, quant à eux, étaient accessibles en ligne dès le virement réalisé, mais envoyés en papier tous les 3 mois. Combien de fois avons-nous eu à gérer des appels d’adhérents mécontents, arguant du fait qu’ils n’avaient pas d’accès à internet ? Même si nous comprenions leur légitime exaspération, nous ne pouvions leur proposer de solution, car ce mouvement de dématérialisation des données répondait évidemment à des principes d’économie. En effet, combien coûte l’envoi de décomptes papier à des dizaines de milliers de personnes, entre la constitution du fichier, l’édition et l’affranchissement ?

 

Le souci d’économie et de simplification est présent partout et génère une fracture entre ceux qui accèdent au net, le maîtrisent, et les autres. Pouvoirs publics et associations ont conscience de cette réalité et agissent pour lutter contre l’e-exclusion. Mais les écrivains publics ont aussi, à leur niveau, un rôle à jouer.

L’ÉCRIVAIN PUBLIC AU SERVICE DE L’E-INCLUSION

L’écrivain public n’est pas cette image d’Épinal le représentant plume d’oie et parchemin dans les mains dans sa vieille échoppe. Il s’est adapté à son temps et a rapidement vu dans les progrès d’internet, un formidable moyen d’étendre son activité (au volet rédaction web et à l’auto-édition notamment) et d’élargir sa clientèle, pourquoi pas en proposant ses prestations au monde entier, dans le paysage francophone ou au-delà pour peu qu’il soit polyglotte.

 

Obligé par la force des choses de maîtriser les nouvelles technologies, travaillant à distance le plus souvent, l’écrivain public n’en demeure pas moins un acteur d’insertion et de proximité. Il est quotidiennement confronté à la fracture du numérique en raison des demandes qu’il reçoit, que ce soit lors de permanences ou non. Si les classiques demandes de création de CV et de rédaction de lettres de motivation révélaient déjà une certaine rupture, aujourd’hui la réalité du métier va bien au-delà de ce type de besoin : téléchargement de formulaire, aide à la saisie en ligne, création d’adresse mail, insertion de pièce jointe dans un mail, telles sont désormais les demandes reçues par tout écrivain public. Le plus souvent, il exécute la demande pour laquelle on le sollicite, mais ne s’en contente pas : il accompagne et assiste les personnes, dans un souci de formation, prenant alors le pas sur les initiatives des associations ou les complétant. Il participe donc, à son petit niveau, à un processus bien plus vaste, l’e-inclusion des personnes en situation de fracture numérique.

 

Pour ceux que le sujet intéresse et qui veulent l’approfondir, à lire ici, un compte rendu passionnant et richement documenté, issu d’un colloque de l’Académie des écrivains publics de France de juin 2017, « écrivain public dans un monde numérique ».

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